Mon premier marathon

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Je n’en reviens toujours pas du miracle qui s’est produit samedi dernier. J’ai beau refaire sans arrêt la course dans ma tête, mais plus j’y réfléchis et plus cela me semble inexplicable.

Ce week-end là, mon amie Anja et moi avons participé à notre premier marathon: Le Marathon de Blaye, Côtes de Bordeaux. Et nous l’avons non seulement terminé, mais en plus avons réalisé un temps inattendu de 4h11’35 et le tout sans être particulièrement fatigué.

Alors comment expliquer cela ? Parce que lors de mes courses précédentes: des semi-marathons, (des moitiés de marathon), je courais les derniers kilomètres à l’agonie... C’est vrai que nous nous sommes pas mal entraînés cet hiver, à raison d’au moins 3x 9 km / semaine + quelques 20 km au courant du mois de mars.
Mais cela n’explique pas tout, le dernier mois, voir même les 6 dernières semaines ont été chaotiques, j’ai été malade et beaucoup en déplacement, à peine le temps de caser un entrainement par semaine. L’explication la plus plausible qui nous vient à tous les deux est le fait d’avoir abordé cette course avec une grosse dose de «je-m’en-foutisme». Aucun objectif, aucune pression, nous n’avions même pas à l’idée de finir. Les calculs que nous faisions dans nos têtes consistaient plus à déterminer si nous pourrions finir les 15-20 derniers kilomètres en marchant dans le délais imparti de 6h.
Les jours précédent la course nous nous interrogions encore sérieusement sur notre participation et avions plus à l’idée de nous limiter à récupérer les 2 bouteilles de vin auxquelles nous avions droit au retrait des dossards.

Il est temps de faire un résumé de cette journée mémorable:

Samedi 9 mai: Levé 5h: Douche et petit déjeuner. Au menu: thé + tartines de miel de thym et céréales (mais pas trop complète pour éviter la gène occasionnée par les fibres) et fromage blanc.
6h30: Je passe prendre Anja.
7h30: Nous arrivons à Blaye et allons récupérer nos dossards à la maison du vin. Mon nom était surligné sur les listes, un des organisateurs m’explique que c’est parce que j’avais été sélectionné pour être «lièvre». Mais c’était une blague.
8h00: Nous retournons à la voiture et enfilons nos déguisements. Oui, car le marathon de Blaye, à l’instar du marathon du Médoc (même organisation), a la particularité d’être très festif et les participants sont fortement encouragés à porter un déguisement. Passer la ligne d’arrivée déguisé, c’est un magnum de Bordeaux de gagné! Il y a également des prix pour les meilleurs déguisements. Nous nous sommes déguisés en hawaïenne, et c’était plutôt marrant d’arborer ainsi les rues de Blaye avant la course.
9h00: Le départ est donné de la citadelle Vauban qui ressemble un peu à celle de Bitche au passage, mais qui est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO contrairement à cette dernière. Nous sommes partis très en avant du peloton et y sommes restés. Nous avalions les premiers kilomètres de cette course sans savoir vraiment où cela allait nous mener.

Le soleil était caché par les nuages, et c'était bon pour nous! il n’y avait pas de vent et l’air était plutôt frais. Je suis content parce qu’il y a du relief, beaucoup de pentes à gravir.
Nous passons les premiers ravitaillements en attrapant à la volée une bouteille d’eau et un morceau de banane. Les gens sont d’une gentillesse incroyable sur le bord des routes, tous sans exception nous soutiennent et ça fait très plaisir. On traverse quelques jolies villages, il y a des animations musicales. Parfois le tracé nous emmène carrément dans des coures de propriétés viticoles, mêmes une fois dans une dépendance où il y avait des cuves de vin.
Sur tout le parcours il était possible de s’adonner à la dégustation, mais je pense que très peu de coureur l’ont fait. Nous sommes passés à travers des champs, souvent à côté de vignes, la route était vraiment très jolie et jamais ennuyeuse.
Au passage du 20ème kilomètre, nous nous sentions bien, et nous trouvions mutuellement encore très en forme.
Après le 21ème, Anja me demande l’heure, mais je n’avais pas de montre et nous n’avions pas la moindre notion du temps. J’ai posé la question à un coureur et il a répondu 11h et quelques minutes, je ne sais plus exactement combien, mais cela signifiait qu’on avait un assez bon rythme. Nous commencions clairement à nous imaginer finir ce marathon dans les temps.
Le fait de gérer la course devenait assez important pour moi. J’essayais de ralentir Anja car j’avais peur qu’on ne puisse pas finir à cette vitesse. Je commençais à avoir l’obsession des ravitaillements. Les 20 derniers kilomètres ont consisté pour moi à manger et à boire le plus possible. J’ai vraiment l’impression de m’être goinfré et d’avoir passé toute cette 2ème partie de course à penser aux bananes que j’allais engloutir au prochain ravitaillement. J’avais l’impression d’être une locomotive qu’on doit alimenter en charbon sinon elle s’arrête.
Vers la fin ça devenait dégoutant, je n’ai jamais mangé autant de bananes et bu autant de coca de ma vie. Mais je dois avouer que ce cocktail est très digeste et vraiment efficace énergétiquement parlant. Dans la voiture, avant la course, nous parlions du fameux «mur des 30 kilomètres» et nous nous demandions ce qui allait nous arriver à ce moment là.
Quelques kilomètres avant le chiffre fatidique, nous commencions à avoir des douleurs dans les pieds et les jambes. Nous avons alors pris la décision de nous arrêter à 30 km et de marcher un peu. C’était un gros risque stratégique car nous doutions du fait de pouvoir repartir avec tout l’acide lactique qui paralyserai nos jambes. Mais nous l’avons fait et cela s’est révélé très payant. Cela a représenté une rupture psychologique. Après 5 bonnes minutes de marche, nous sommes repartis. C’était effectivement très difficile, mais nous nous sommes accrochés.
A tous les ravitaillements qui ont suivit, nous nous sommes arrêtés, avons discutés avec les gens, pris le temps de bien manger et boire, et fait des étirements.
La fin de la course commençait à se faire sentir dans les derniers kilomètres, et contre toute attente, nous avions toujours de l’énergie. Cependant j’avais un peu peur d’y croire. J'espérais qu’il n’y ai pas de défaillance de dernière minute. Mais pour nous les choses se présentaient bien. Sur la route par contre, certains coureurs étaient à l’arrêt, «des vrais coureurs», sans déguisement. J’ai toujours du mal à me considérer comme un marathonien. Et pourtant des coureurs qui représentent pour moi l’image du marathonien de part le physique, le look, la foulée, l’impression qu’ils maîtrisent le bitume, des coureurs comme ça étaient en souffrance, à l’arrêt, à l’agonie, au désespoir, si prêt du but.
Puis le panneau du dernier kilomètre est arrivé, autour de la citadelle. Les encouragements se faisaient de plus en plus fort, nos pieds et nos jambes faisaient mal, mais nous étions plein d’énergie, même pas fatigué et emplit d’une grande joie intérieure.
Les coureurs que nous avons croisés dans ce dernier kilomètre semblaient vraiment en difficultés. Nous en avons dépassés un certain nombre sans même qu’ils puissent réagir. Le final s’est fait sur une montée d’environ 200 mètres sur un tapis rouge, là encore nous avons mis les gaz pour dépasser 3 coureurs. Puis j’aperçois le chronomètre et n’en crois pas mes yeux: 4h11..., j’en fais part à Anja qui est encore plus incrédule. Les gens à l’arrivée nous font remarquer que nous sommes «frais comme des gardons». Je leur répond avec humour que nous étions prêt à repartir. Et c’est vrai que nous aurions pu continuer, notre respiration était parfaite.
Nous avons reçu une très jolie médaille, un coupe-vent, un tee-shirt et notre magnum pour le déguisement. Nous sommes allés nous faire masser par des kinés puis avons pris nos paniers repas. Une assiette d'huîtres Marennes d’Oléron et un verre d’un excellent vin des côtes de Blaye. (les huîtres après un marathon ça déchire tout!). Il y avait de tout dans le panier pour reprendre des forces, une salade, du pain, du fromage, un œuf dur, une pomme, un yaourt, ...

Vraiment un grand merci et un grand bravo aux organisateurs parce que tout était absolument parfait. Je recommande fortement ce marathon, l’ambiance est vraiment top! Merci aussi à Anja, ça a été un vrai plaisir de faire cette course avec toi! tout seul ça aurait été beaucoup plus dur, voir sans doute impossible. Merci à Johanna aussi avec qui on s’est entraîné ces derniers mois et qui nous a prodigué ses conseils et sa motivation de marathonienne. Et merci à Graham qui m’a encouragé à faire des courses il y a quelques années, maintenant je peux dire que dans ma vie j’ai couru un marathon et c’est une grande fierté!!.